Skip to content
hero background waves
[Marketing Automation, Inbound Marketing, HubSpot]

Tracking d'ouverture email : ce que la recommandation CNIL change dans vos campagnes HubSpot

Avatar Stéphane Duwicquet

Stéphane Duwicquet

lecture : 9 min

03.07.2026

Tracking d'ouverture email : ce que la recommandation CNIL change dans vos campagnes HubSpot

Le taux d'ouverture est l'indicateur le plus regardé de l'emailing depuis vingt ans. Il repose sur un mécanisme que la plupart des équipes n'ont jamais qualifié juridiquement : un pixel invisible, chargé à l'ouverture du message. Depuis le 14 avril 2026, ce mécanisme relève du même régime que les cookies. Autrement dit, pour une bonne partie de vos usages, mesurer une ouverture suppose désormais le consentement du destinataire.

La CNIL a adopté cette position le 12 mars 2026 (délibération n° 2026-042), puis l'a publiée le 14 avril. Elle laisse trois mois aux organisations pour se mettre en ordre de marche sur leurs bases existantes. L'échéance tombe le 14 juillet 2026, et des contrôles sont annoncés à partir de cette date.

Pour un utilisateur HubSpot, la vraie question n'est pas « faut-il couper le tracking ». Elle est : quels usages de la donnée d'ouverture reposent aujourd'hui sur un pixel non consenti, et comment sécuriser ces usages sans casser le pilotage des campagnes.

 

La recommandation du 14 avril 2026, en clair

Le raisonnement de la CNIL tient en une phrase : insérer un pixel de suivi, c'est réaliser une opération de lecture sur le terminal du destinataire. À ce titre, la pratique relève de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés, le texte qui encadre déjà les cookies et traceurs. Le pixel suit donc la logique du consentement, comme un cookie.

Deux principes structurent tout le reste.

Premier principe : c'est la finalité qui commande, jamais le type d'email. Un pixel n'est pas « exempté » parce qu'il est logé dans une confirmation de commande. Il l'est, ou non, selon ce que vous faites de la donnée collectée.

Second principe : le régime du pixel est indépendant de celui de l'email. Vous pouvez avoir le droit d'envoyer un email de prospection (base légale valable), et ne pas avoir le droit d'en mesurer l'ouverture sans consentement. Les deux consentements sont distincts.

Un point que beaucoup vont manquer : le B2B est concerné. La recommandation ne prévoit pas d'exception pour les échanges entre professionnels. Si vous pensez être hors sujet parce que vous faites de l'emailing B2B, c'est l'inverse : le marketing automation et l'emailing B2B sont explicitement cités comme la cause de la montée des plaintes qui a motivé le texte.

 

Ce qui reste autorisé, ce qui bascule au consentement

La CNIL découpe les usages du pixel en deux régimes. Voici la synthèse à garder sous la main au moment d'auditer vos campagnes.

Finalité du pixel Régime Fondement
Sécurité et authentification de l'utilisateur Autorisé sans consentement, strictement encadré Exemption art. 82
Mesure individuelle de la délivrabilité sur emails transactionnels ou expressément demandés Autorisé sans consentement, strictement encadré Exemption art. 82
Gestion des inactifs (arrêter ou espacer les envois vers ceux qui n'ouvrent plus) Autorisé sans consentement, mais uniquement la date de dernière ouverture connue, à la journée Exemption délivrabilité
Mesurer l'ouverture pour optimiser / analyser la performance des campagnes Consentement requis Régime traceurs
Personnaliser le contenu selon l'ouverture Consentement requis Régime traceurs
Adapter la fréquence ou arbitrer entre canaux (email / SMS / push) Consentement requis Régime traceurs
Profilage, ciblage sur d'autres environnements Consentement requis Régime traceurs
Certaines finalités de détection de fraude Consentement requis Régime traceurs

 

L'exemption transactionnelle est plus étroite que ce que la plupart des équipes imaginent. Elle couvre la mesure de délivrabilité sur des messages rattachés à un service demandé : welcome email, confirmation de commande, notification d'expédition, facture, réinitialisation de mot de passe, réponse d'un service client. Elle ne couvre pas la personnalisation marketing greffée sur ces mêmes messages. Un pixel à visée marketing glissé dans un email transactionnel reste soumis au consentement.

Et pour la gestion des inactifs, la contrainte est concrète : vous ne pouvez conserver que la date de dernière ouverture, à la journée. Pas l'historique fin des ouvertures, pas l'heure, pas l'appareil. C'est suffisant pour retirer un contact devenu silencieux, pas pour nourrir un scoring d'engagement.

Sources : recommandation CNIL sur les pixels de suivi et la synthèse grand public de la CNIL.

 

Ce que ça change concrètement dans vos campagnes HubSpot

Le sujet devient tangible quand on le pose sur les objets HubSpot du quotidien. Voici les usages courants et leur exposition.

Usage HubSpot Repose sur Exposition CNIL
Segmentation des non-ouvreurs pour relance ou nettoyage Événement « email ouvert » individuel Zone grise : ok si finalité « gestion des inactifs » (date de dernière ouverture uniquement), consentement requis si la liste sert à relancer / personnaliser
Workflows déclenchés sur Email ouvert (Marketing email open) Mesure individuelle d'ouverture Consentement requis dès que l'ouverture sert un scénario marketing (nurturing, lead scoring, réengagement)
Personnalisation individuelle selon le comportement d'ouverture Ouverture rattachée au contact Consentement requis
Report de performance agrégé (taux d'ouverture d'une campagne) Ouverture, agrégée Moins exposé si réellement agrégé et non rattaché au contact, mais l'agrégat est construit à partir de mesures individuelles : à qualifier
Lead scoring intégrant l'ouverture d'email Ouverture individuelle Consentement requis
Arbitrage de canal / cadence selon l'engagement email Ouverture individuelle Consentement requis

 

La conséquence opérationnelle est directe : le volume d'ouvertures mesurables va baisser. Mécaniquement. Seuls les contacts consentants resteront mesurés, et vos courbes d'engagement vont décrocher sans que vos campagnes n'aient changé. Les équipes qui ne l'anticipent pas vont diagnostiquer un problème de délivrabilité là où il n'y en a pas.

C'est aussi l'occasion d'un constat qu'on répète en mission : un taux d'ouverture n'a jamais été un bon KPI. Le pré-fetch d'images (Apple Mail Privacy Protection, proxys Gmail) le gonfle déjà artificiellement depuis des années. La recommandation CNIL accélère un mouvement de fond, vers un pilotage first-party : clics authentifiés, visites, réponses, achats, préférences déclarées. Les signaux qui restent robustes sont ceux que le destinataire produit volontairement.

Si le sujet révèle par ailleurs des lacunes plus larges dans la gouvernance de vos données contact, notre article sur le maintien des données de qualité dans HubSpot couvre les bonnes pratiques complémentaires : la conformité pixel n'est qu'un chantier parmi d'autres sur ce terrain.

 

Scoring, nurturing, reporting : les effets de second ordre à anticiper

La baisse du volume d'ouvertures mesurables n'est pas qu'un problème de reporting. L'ouverture est une donnée d'entrée pour toute une mécanique en aval, et c'est cette mécanique qui va se dérégler en silence si vous ne la reprenez pas.

Le lead scoring devient structurellement biaisé

Si votre modèle de scoring attribue des points à l'ouverture d'email, il ne notera plus l'engagement : il notera le consentement. Un contact très engagé mais non consenti au pixel plafonnera artificiellement, pendant qu'un contact consenti moyennement intéressé grimpera. Le biais est invisible dans les rapports, mais vos commerciaux le verront : des MQL moins qualifiés, des contacts chauds jamais remontés.

La correction consiste à rebasculer le poids du scoring sur des signaux first-party : clics, visites de pages, soumissions de formulaires, réponses, participation à un événement. L'ouverture peut rester dans le modèle, mais comme signal d'appoint, jamais comme critère discriminant.

Les workflows de nurturing branchés sur l'ouverture vont se vider

Un scénario classique : « si l'email est ouvert, envoyer la suite ; sinon, relancer avec un autre objet ». Avec une part croissante de contacts non mesurables, la branche « non ouvert » se remplit de contacts qui ont peut-être ouvert, et vos relances deviennent des doublons perçus.

Cartographiez tous les workflows dont un déclencheur ou une condition repose sur « Marketing email open », et remplacez la logique par des événements robustes : clic dans l'email, visite d'une page cible, inscription, réponse. Un nurturing piloté au clic est plus lent en volume, mais chaque signal y est fiable.

L'A/B testing d'objets et le reporting perdent leur étalon

Les tests d'objets d'email se départagent traditionnellement au taux d'ouverture : sur une population partiellement mesurée, le vainqueur d'un test peut n'être que le reflet de la composition consentie de l'échantillon. Même prudence pour les rapports : comparer le taux d'ouverture de septembre 2026 à celui de janvier revient à comparer deux périmètres différents.

Passez vos comparaisons en cohortes (contacts mesurables uniquement), départagez vos tests au taux de clic, et documentez la date de bascule dans vos tableaux de bord pour que personne n'interprète le décrochage comme une contre-performance des campagnes.

Le fil conducteur est le même partout : moins de signaux, mais des signaux plus fiables. Les équipes qui reconstruisent leur mécanique sur cette base sortiront du chantier avec un pilotage plus sain qu'avant la recommandation.

 

Les solutions HubSpot aujourd'hui

HubSpot documente déjà le fait que la France et l'Italie exigent le consentement du destinataire avant l'usage des pixels d'ouverture et de clic, et que cette exigence s'applique à tout expéditeur qui écrit à des destinataires situés dans ces pays, quel que soit le pays de l'expéditeur. Côté Hubspot, il y a aujourd'hui deux leviers.

Le toggle global (existant)

Vous pouvez couper le tracking d'ouverture et de clic pour tous vos marketing emails, au niveau du compte : Paramètres > Outils > Marketing > E-mail > Suivi, puis désactiver l'interrupteur Suivi des ouvertures d'e-mail. Détail utile : ce réglage est global, pas régional. Il ne cible pas la France uniquement, il éteint le suivi partout.

C'est un interrupteur brutal. Couper le tracking globalement pour régler un problème de conformité, c'est renoncer à la mesure sur toute la base, y compris sur les contacts consentants et hors zone concernée. Pour une agence ou une organisation multi-marchés, c'est rarement la bonne réponse.

Détail de configuration : le suivi des clics se paramètre séparément (Suivi des clics dans les e-mails HTML, Suivi des clics dans les e-mails en texte brut). Et même quand vous coupez le suivi des ouvertures, HubSpot continue de collecter cette donnée de façon anonyme pour la santé de son infrastructure d'envoi. À vérifier avec votre DPO au regard de la finalité.

Parametres HubSpot : Marketing > E-mail > Suivi, interrupteurs Track email opens et Track clicks

Documentation : gérer le suivi des ouvertures et des clics des e-mails marketing.

 

Le toggle per-email (en bêta)

C'est la réponse granulaire au problème posé par le toggle global. HubSpot a ouvert une bêta qui permet de surcharger le réglage global de suivi (ouvertures et clics) pour un marketing email individuel, directement dans l'onglet Setup / Configuration de l'éditeur d'email. Un Super Admin du portail peut demander l'accès à cette bêta depuis la page Mises à jour produit (Product Updates).

Concrètement, ça ouvre le scénario propre : garder le tracking sur les campagnes adressées à des contacts consentants, le désactiver email par email sur les envois où vous ne pouvez pas justifier le consentement (transactionnels enrichis, envois vers une portion de base non informée, etc.).

Réserve importante : c'est une bêta, son périmètre et ses conditions d'accès évoluent. La disponibilité doit être vérifiée dans le portail concerné au moment de la mise en œuvre.

Editeur d'email marketing HubSpot : section Tracking (beta), option Track opens and clicks for this email

 

 

Les 5 actions à mener avant le 14 juillet 2026

Le chantier est cadrable. Voici l'ordre dans lequel on le déroule en mission.

1. Auditer les campagnes par finalité. Passer en revue chaque type d'envoi (newsletter, nurturing, transactionnel, prospection) et qualifier l'usage réel de la donnée d'ouverture. La question n'est pas « est-ce un email marketing », c'est « à quoi sert le pixel ici ». Cartographier ensuite tout ce qui, dans HubSpot, consomme l'événement d'ouverture : workflows, listes actives, propriétés de scoring, rapports.

2. Mettre à jour les formulaires de collecte. Pour toute nouvelle adresse collectée depuis le 14 avril 2026, le consentement au pixel doit être recueilli, distinct du consentement à la prospection, par un acte positif clair. Pas de case pré-cochée. Le silence vaut refus. L'information sur les pixels peut figurer sur le formulaire, au moment où le contact donne son accord.

3. Informer la base existante. Pour les contacts collectés avant le 14 avril 2026, pas de re-consentement rétroactif imposé. Mais une obligation d'information claire, avec faculté d'opposition simple, à faire parvenir avant le 14 juillet 2026. Un email d'information suffit : il rappelle l'usage de pixels, précise les finalités, propose un lien d'opposition. C'est le régime transitoire, et c'est une vraie bonne nouvelle opérationnelle.

4. Traiter le footer et les mentions dans les emails. Prévoir une mention accessible sur l'usage des pixels et un mécanisme d'opposition ou de retrait aussi simple que le consentement lui-même. Le retrait doit être aussi facile à exercer que l'accord (bouton de même visibilité). Pour les fondamentaux de structure d'un email conforme et performant, notre article sur les bonnes pratiques emailing B2B détaille les standards de footer, d'objet et de structure à appliquer au-delà du seul sujet pixel.

5. Mettre à jour la politique de confidentialité. Documenter l'usage des pixels de suivi, les finalités, les durées de conservation (rappel : date de dernière ouverture à la journée pour la gestion des inactifs), et les modalités d'exercice des droits.

Un mot d'ordre transversal : vous devez pouvoir prouver vos finalités et vos consentements en cas de contrôle. La traçabilité n'est pas un livrable annexe, c'est la pièce que la CNIL demandera.

 

FAQ

  • Le B2B est-il concerné par la recommandation CNIL sur les pixels ?

    Oui. La recommandation ne prévoit pas d'exception B2B. Le régime du pixel est indépendant de celui de l'email : pouvoir envoyer un email de prospection à un professionnel ne donne pas le droit d'en mesurer l'ouverture sans consentement.

  • Faut-il recueillir à nouveau le consentement de toute ma base ?

    Non, et c'est le point le plus rassurant du texte. Pour les contacts collectés avant le 14 avril 2026, une information claire assortie d'un droit d'opposition simple, envoyée avant le 14 juillet 2026, suffit à poursuivre le suivi de ceux qui ne s'y opposent pas. Le consentement explicite ne s'impose que pour les nouvelles adresses.

  • Mes emails transactionnels sont-ils exemptés ?

    Pas automatiquement. L'exemption vise la mesure de délivrabilité sur des messages rattachés à un service demandé, pas la personnalisation marketing. Un pixel à finalité marketing dans une confirmation de commande reste soumis au consentement. C'est la finalité qui tranche, pas l'étiquette « transactionnel ».

  • Que se passe-t-il si je ne fais rien d'ici le 14 juillet 2026 ?

    La CNIL a annoncé des contrôles à compter de la mi-juillet 2026. Au-delà du risque réglementaire, vos indicateurs d'ouverture vont mécaniquement décrocher à mesure que le marché s'aligne, sans que vous en compreniez la cause si le sujet n'a pas été anticipé.

  • Couper le tracking dans HubSpot suffit-il à être conforme ?

    Le toggle global éteint le suivi partout, ce qui règle le risque pixel mais sacrifie toute la mesure, y compris sur les contacts consentants. La réponse propre passe par le consentement là où il est requis et une désactivation ciblée ailleurs (toggle per-email en bêta). La configuration exacte doit être validée avec votre DPO.

Pour aller plus loin